Remise de la Croix de Commandeur de l’Ordre de la Légion d’honneur à M. Oscar Ribas

Discours de remise de la Croix de Commandeur
de l’Ordre de la Légion d’honneur à M. Oscar Ribas

Avant de commencer, je souhaiterais que nous ayons une pensée particulière pour toutes les victimes de l’accident d’hélicoptère survenu hier ainsi que pour leurs familles.

Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Président du Parlement,
Monsieur le représentant de Son Excellence le Coprince Épiscopal,
Monsieur le représentant de Son Excellence le Coprince Français,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs, Chers amis.

Très cher Oscar Ribas,

Je dois vous avouer que l’occasion qui nous réunit ce soir est de première importance car j’ai l’honneur de décorer l’une des personnalités que je qualifierai des plus influentes de la Principauté, comme l’un des hommes d’état ayant consacré toute son énergie à la réflexion et à l’action politique pour le bien de son pays et de ses concitoyens.

En vous octroyant la croix de Commandeur de la Légion d’Honneur, la République Française rend hommage à l’homme d’exception que vous êtes.
Permettez-moi d’énumérer quelques uns de vos mérites : banquier reconnu et respecté par la finance internationale, homme politique de grande envergure, philanthrope avéré, mais aussi, époux et père dévoué, aimant la compagnie de bons amis et les plaisirs simples de la vie, vous êtes, cher Oscar, la définition même de ce qu’en littérature française l’on définit comme « l’Honnête Homme ».

Monsieur l’Ambassadeur Ribas,

Vous êtes née à Sant Julià de Lòria en 1936. A l’époque, le village compte à peine 750 habitants. Cependant, grâce à l’ouverture de la première route vers l’Espagne dix ans plus tôt, les premiers échanges commerciaux entre les deux pays entament une progression fructueuse.

Après vos études à Barcelone, vous continuez dans la filière du droit et clôturez votre brillant parcours universitaire par un Master de Philosophie politique à l’Université de Fribourg.

Vous entrez par la suite dans la vie active et, comme le veut la tradition, en participant aux affaires familiales, vous profitez pleinement de la transmission du savoir et de l’expérience de vos ainés.

Cette méthode, ainsi que votre solide formation vous permettent de mener de front la direction de l’une des principales sociétés andorranes de l’industrie du tabac, mais aussi de consolider l’une des plus importantes entités financières de la Principauté. Vous êtes successivement membre du Conseil d’Administration, puis Conseiller Délégué et finalement Président de la Banca Reig.

Mais cette épopée professionnelle ne s’arrête pas là. Très tôt conscient des risques, mais aussi des opportunités qui s’offrent en Principauté, vous œuvrez pour une fusion avec la Banc Agrícol i Comercial d’Andorra. Depuis, vous êtes Président Honoraire de cette entité qu’est Andbanc Grup Agrícol Reig, qui poursuit, avec succès, un processus d’internationalisation financière.

Entretemps, vos profondes racines familiales vous poussent, à 35 ans, a faire votre entrée en politique. Cette passion vous dévore car vous vous consacrez totalement à la chose politique et à la cité, ce que Platon qualifiait en son temps comme la « politeia ».
Puis, vous vous engagez dans la poursuite d’une tâche essentielle, celle de l’aboutissement d’une nouvelle constitution.

Bien que vous sachant très réticent à accepter les éloges, il faudra tout de même vous y accoutumer ; Oscar, vous incarnez la Principauté moderne ou mieux encore, la modernité de la Principauté. Vous avez participé, lorsque vous n’en étiez pas l’instigateur, à chacune des avancées fondatrices récentes de ce pays.

Une première fois en 1982, lors de la première élection d’un Président du Gouvernement de la Principauté d’Andorre. En 1984, aussi, pour la première démission d’un Président du Gouvernement de la Principauté d’Andorre.

A nouveau élu Président du Gouvernement en 1990, vous signez, au nom de l’Andorre, « l’Union Douanière » avec ce qui s’appelait encore, la Communauté Economique Européenne, ainsi que le « Traité de Bon voisinage, d’amitié et de coopération » avec la république Française et le Royaume d’Espagne.
Ces deux textes, toujours en vigueur actuellement, restent d’une importance capitale.
Ils représentent les piliers du développement économique récent de la Principauté, dans l’environnement européen qui, à l’époque, était déjà en pleine mutation.

En 1994, vous participez doublement à l’histoire. Non content d’être élu premier Cap de Govern de l’ère post-Constitutionnelle andorrane, vous êtes aussi le premier Haut représentant de la Principauté à prendre la parole lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies, en juillet 1993, ainsi qu’au Conseil des Ministres du Conseil de l’Europe, en novembre 1994.
Vous veniez, Oscar, à cet-instant-précis, de faire entendre, pour la première fois, la voix souveraine de la Principauté dans le concert des nations du monde.

Tous ces instants d’histoire vous renforcent dans vos convictions. Après la constitution de 1993, vous préconisez l’adoption une loi des impôts donnant un sens aux valeurs de justice sociale. Face au refus en bloc de votre proposition, n’obéissant qu’à votre éthique, vous démissionnez à nouveau de votre mandat de Cap de Govern et décidez de laisser à d’autres la devant de la scène de la politique andorrane.
Et je me réjouis, aujourd’hui, de constater que l’histoire et ses évènements vous aient finalement rendu justice et raison.

Trop soucieux de l’intérêt général, vous observez alors avec sagesse et acuité l’action politique des générations montantes.

Il faudra attendre 10 ans. 10 longues années, interrompues, il est vrai, par des tribunes de presse d’une analyse visionnaire et d’une clairvoyance faisant l’unanimité, pour vous voir revenir aux affaires sur l’un des sujets qui vous tient le plus à cœur, la relation de l’Andorre avec l’Union Européenne.
M. Bartumeu, Cap de Govern en 2009, ne s’y trompe pas et vous nomme Ambassadeur spécial auprès de l’Union Européenne.

Je ne saurais terminer mon propos sans évoquer une autre facette de votre personnalité, celle de l’humaniste et du philanthrope.

Je reprendrai vos termes de 1999, lors de la présentation de la Fondation Julià Reig, créée pour encourager et soutenir les initiatives provenant de la société civile andorrane et pouvant avoir une répercussion sur le progrès réel et l’ouverture de la Principauté.
Vous souhaitiez, disiez-vous, « mettre en valeur les efforts de plusieurs générations d’Andorrans qui ont préparé le terrain pour consolider un projet moderne et intégrateur, et en particulier ceux de Julià Reig, qui a joué un rôle majeur aussi bien en tant que chef d’entreprise et banquier, qu’en tant que politicien éminent au service de son pays ».

Bon sang ne saurait mentir et toute la lignée de votre famille élargie peut être fière de vous.

Oscar, cette décoration française rend hommage à votre action, votre courage, votre droiture et votre dévouement au service de l’Andorre.
Vous avez toujours su concilier l’héritage de vos aïeux avec la détermination de vouloir projeter votre pays dans le meilleur avenir qui soit.

Aujourd’hui, soyez-en remercié.

Dernière modification : 04/05/2016

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